lundi 5 mai 2014

Hommage à Jean Pierre Besson

Une petite délégation du GSHP était présente ce vendredi 2 mai pour accompagner notre ami Jean Pierre vers son dernier terrain d'explo. 
Voici le très bel hommage de son amie de toujours, Madeleine.


A Jean-Pierre
Quand nous t’avons connu, je crois que tu étais en Terminale au lycée d’Argelès. Déjà, à 18 ans, tu traquais, comme Michel, les cavernicoles et ce fut le début d’une longue recherche et surtout d’une indéfectible amitié.
Il y avait d’abord les captures à l’aspirateur, dans les petits ou les grands trous descendus aux échelles, sur les appâts –surtout pas de pièges destructeurs - placés une semaine plus tôt. Endormis à l’acétate d’éthyle, aphaenops et speonomus étaient ensuite fixés sur les paillettes cartonnées. Venaient alors de longues soirées de dissection sous la loupe binoculaire, dans le petit bureau de Michel, afin d’extraire l’édéage d’un insecte de 2 à 9 mm… Seul moyen de différencier les espèces, et donc d’en décrire de nouvelles, que vous vous offriez mutuellement ; ainsi sont nés, entre autres, l’aphaenops bessoni et le speonomus cabidochei, au milieu de très nombreuses publications scientifiques communes.
Votre rêve était alors de f… en l’air les tableaux de détermination de Coiffait, un chercheur très officiel de l’Université de Toulouse et du Laboratoire souterrain de Moulis, que vous vouliez déboulonner avec toute l’audace de votre jeunesse.
Je ne dirai pas la spéléo,  d’autres  le feront mieux que moi, même si je n’ai pas oublié les camps de Heyle et le trou Martin,  où tu as rencontré Anne-Marie, la mère de tes enfants, et nous étions témoins à votre mariage. Et je n’ai oublié ni les puits arrosés au bout du bout du méandre Martine, ni Achama Lecia, ni la petite grotte des Coumates à St Pé où tu demandais à un copain trop bavard de mettre des disques de silence… ce silence que tu as su si bien garder, et nous t’en voulons un peu d’être parti sans nous transmettre tout ton savoir et ta sagesse. Mais nous savons tous que ta légendaire discrétion cachait une vie intérieure très riche et une grande fidélité à tes amis.
Tu étais là, avec Kitou, ta compagne, quand nous avions dit adieu à Dominique et aussi pour le premier anniversaire de sa mort, quand nous étions tous réunis à Arakoeix après la messe, et encore le jour où j’ai appris la mort d’Yves-Marie et bien sûr, il y a 35 ans, tu as accompagné Michel avec  tous vos compagnons du  Parc National.
Il y a 15 jours, tu m’as appris que le nom bigourdan de ma rue, camin deth caparroï, chemin de la tête rouge, c’est celui du gypaète, tu m’as redit tous les noms des crêtes entre Lhéris et Bassia que nous contemplions de mon balcon et que j’avais un peu oubliés : Ordincède, Téoulère et les autres ; je ne les oublierai plus.
J’irai demain à Ste Engrâce, je te rapporterai quelques ancolies, pas trop pour ne pas abîmer la montagne que Michel et toi avez passé tant d’années à protéger.
Je n’ai de toi que quelques photos, lettres, griffonnages sur de petits bouts de papier, mais ton souvenir est tellement présent, plus encore parce que tu es un grand silencieux.  Alors aide-nous, nous tes amis, et surtout Kitou, tes garçons, ton petit-fils, Anne - Marie, Catherine, Geneviève, Marcel et tous ceux que tu aimes, aide-nous à écouter  ton silence.
Beriz arte, Jean-Pierre.

Madeleine Cabidoche.

Certaines photos sont tirés de la  sortie Biospéléologie du CDSC65 le mercredi 14 mai 2008 à la résurgence de la Hèche, en compagnie de Jean Pierre et de Charles et Arnaud du Muséum d'histoire naturelle de Paris.

1 commentaire: