lundi 2 mai 2016

L'aspirateur qui souffle....

Dimanche 1° mai 2016
L'Aspirateur ! Avec un nom pareil ce trou, situé sur les hauteurs des Toupiettes, méritait d'être revu avec un œil neuf. Déjà cet hiver, lors d'une prospection  nous avions pu mesurer la puissance du courant d'air qui s'en échappait car, régime hivernal oblige, l'aspirateur était en position soufflerie. Juste à côté, son petit frère, le TP39, crachait lui aussi un vent chaud venu des profondeurs du massif et pourquoi pas du Larrau situé 330 m plus bas. Renseignements pris, il y a visiblement des choses à revoir dans ces deux gouffres dont l'exploration remonte à une trentaine d'années, période où les pailles ne servaient qu'à siroter des canettes de soda. 
Mais pour le TP 32, avant toute chose, il nous faut aménager la "Calbotte Libératrice", une diaclase étroite barrant l'accès au grand puits de 108 m qui termine la cavité (voir ci-dessous le récit de Bruno lors des premières explorations). Pour tester un nouvel accès, nous partons de Monjouste via le sentier des Charbonniers (Etienne, Sandrine et Patrick). Au passage, nous prévoyons d'aller voir un petit gouffre indiqué à Jean-Claude par un randonneur. Celui-ci s'ouvre un peu à l'ouest de la cuvette des Mailhouquettes. Le pointage GPS nous permet de le localiser sans difficulté. Malheureusement, il n'y a pas vraiment d'air et il faudrait aménager le passage pour passer. Nous poursuivons en direction du TP32 que nous atteignons après 2 h de montée. 

 3°C pour un premier mai....

Une bise glaciale (3°) balaie l'arête et sans surprise, l'Aspirateur souffle et souffle fort. Nous réequipons la diaclase d'entrée qui donne le ton de cette première partie du gouffre. Au bas un court ramping sur de gros blocs amène à la Calbotte Libératrice. C'est effectivement pas très large et probablement bien ch... à la remontée avec un kit. Nous sommes venus pour pailler, alors paillons ! Nous épuisons nos deux accus pour rendre le passage plus fréquentable. La suite est bien motivante et les cailloux dégringolent loin, très loin...

Le P.16 d'entrée là où il est le plus large.
Lorsque nous ressortons vers 16 h, il fait toujours aussi froid. Nous faisons un petit tour au TP 39 pour voir le courant d'air et prendre une température puis nous redescendons droit dans la pente en essayant de trouver un itinéraire confortable. En traversant le bois de Benac, nous découvrons un petit gouffre qui ne figure pas dans l'inventaire. Topo rapide puis nous filons sur Monjouste. 

 Réunion au sommet... du puits. Un nouveau BE pour l'inventaire

Mais notre week-end ne se termine pas là car Caroline a organisé avec le CDS une double sortie d'initiation du côté de l'Hayau-Bouhadère. Au total, l'opération a mobilisé une trentaine de personnes et tout cela se termine par un sympathique repas dans la grange de Jean-Claude.
Patrick 

 Mon plus beau souvenir est devenu le plus mauvais…

Revenons 28 ans en arrière, en pleine épopée des Toupiettes.
Réunion à la cabane de l’Isarce pour définir les tâches de la journée. Les chèvres du Club qui montent direct depuis la Ferme Sep au pied du massif, ont trouvé un trou baptisé de suite l ‘Aspirateur. Son nom de code : le TP32. Il y a une petite désob à faire à l’entrée et en tant que spécialiste "leveur de cailloux", je suis désigné d’office pour accompagner Mickey qui a déjà mis 150 mètres de nouille de coté.
Une petite demi-heure plus tard, on est à l’entrée du trou. Le courant d’air est violent. La désob est rapide et donne sur un P10 que Mickey équipe et descend. Puis vient une étroiture sévère à 45 degrés qui donne sur une vire en bordure d’un nouveau puits. Il passe en raclant de partout et crie :
"Waouh, c’est gros, emmène toi Bubu ! !".
Moi, le passage étroit je me le sens pas trop mais avec Newton qui me tire vers le bas, je passe. Un pavé traîne sur le palier, je le balance dans le puits :…….rien……...puis quelques secondes plus tard, le caillou rebondit une centaine de mètres plus bas. J’ouvre des yeux tout ronds. Mickey me regarde amusé et dit :
"Allez le Bub’s, passe devant !".
Je suis encore un petit jeune en spéléo mais j’ai pas hésité longtemps quand il m’a tendu la sache à spits. C’est la première fois que j’équipe seul un puits en vierge. Et quel puits ! 108 mètres ! !
Quelques spits plus tard, Mickey me rejoint au fond et me lance un « pas mal ton équipement » qui me fait chaud au cœur . C’est bon de pouvoir être fier de soi ! ! Et quel pied ! ! Malheureusement la fissure qui suit est bouchée. Ca queute, on a du rater quelque chose qu’on laisse pour les copains. Retour vers la surface, Mickey doit rentrer tôt, il a rendez-vous avec Serge à la Ferme Sep.
A l’étroiture, Mickey galère un moment mais passe. Il me dit de passer le kit devant moi. Mais si je le passe devant, il bouche tout et j’ai plus assez de force pour le bouger ; alors je le garde en longe. Erreur ; il se bloque irrémédiablement me bloquant ainsi au niveau le plus étroit. Je bataille un quart d’heure avant de capituler et reculer pour récupérer le kit. Malédiction ! Je me suis tellement bien coincé que je ne peux pas reculer non plus ! Je ne suis plus fier de moi ! Mickey m’encourage, me rassure. Je ne peux que lui répondre qu’il me fait chier ! Cruelle ingratitude ! !
A force de hougner, j’ai pu glisser du petit millimètre qu’il fallait pour pouvoir reculer, récupérer mon sac et le passer devant moi. Michel, pas rancunier le moins du monde, s’engage tête en avant et attrape mon kit du bout des doigts ainsi que tout mon matos que je viens de virer. Je m’engage à nouveau dans le passage et Mickey revient la tête en avant pour me tendre la main. Le seul fait de sentir sa poigne ferme m’a rassuré. Sa traction n’était pas très efficace mais m’a redonné les forces nécessaires pour m’extraire de ce mauvais pas. Je hais Newton ! !
Je m’affale à ses cotés : vidé, exténué. Reste le P10 et on est dehors. Mickey prend la corde et me crie "libre" 30 secondes plus tard. Je me rééquipe et j’attaque la remontée. Je n’arrive plus à coordonner mes mouvements, mes jambes et mes bras font n’importe quoi. Je monte centimètre par centimètre. Presque ½ heure pour un P10. Mickey a failli installer un palan de fortune. Je m’affale pour la deuxième fois à ses cotés.
La nuit tombe. Mickey me dit :
"Allez je suis pressé, je redescend par le ravin. Pour rentrer au camp tu connais les passages ? ?"
Je le regarde désespéré. Dans l’état où je suis autant dormir ici car une heure dans la forêt en pleine nuit n’est même pas envisageable. Je ne dis rien mais mon regard a du être éloquent car il me dit :
"Allez, je prend ton sac et je te remmène au camp. Tant pis si je suis à la bourre."
C’est pas beau l’amitié ?
Bien sur de retour au camp, je suis la risée du Dol’s qui de suite baptisera l’étroiture la "calbotte libératrice".


Bubu

6 commentaires:

  1. Superbe récit, ça c'est de la spéléo !!!

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  2. Mais quelle calbote Bubu !
    Tu étais bien jeune.

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  3. J'en ai pris des belles depuis 38 ans mais celle là était mémorable !

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  4. Superbe récit. Tout cela rappelle de bons souvenirs

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    1. Ce souvenir là n'était pas très bon !

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  5. Pourtant, ce belle calbote a disparu? Dommage! ;-)

    C'est un vrai plaisir d'apprendre français avec recits comme ça de Bubu.

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