vendredi 13 mai 2016

Des artistes sous terre.

Mardi 10 mai 2016. CR Le Dol's.
A l’initiative de leur professeur, Victoria Klotz, trois étudiants des Beaux-Arts de Tarbes sont venus découvrir le monde souterrain.
Il faut dire que le thème de leur semaine d’étude portait sur les ténèbres, le monde de la nuit et son cortège de préjugés ou de légendes qui gravitent autour….
Les étudiants devant restituer selon leur libre cours, cette immersion souterraine…
Eva, Sandra et Hugo n’avaient jamais pratiqué la spéléologie et bien qu’attirés par cette expérience, quelques appréhensions pointaient… Aussi pour l’occasion trois membres du GSHP de Tarbes (Sandrine, Caroline et Alain D.) les ont encadré, pour visiter la grotte école de La Pale à St Pé de Bigorre.
Une curiosité partagée…
Les spéléos curieux par cette approche originale et impatients de voir les restitutions des élèves…
Pour nos jeunes une première dans les antres de la mère nourricière, notre terre…
Avant de s’enfoncer sous la terre profitant des dernières lueurs du soir, nous relatons quelques faits historiques et scientifiques… Nous passons de la tectonique des plaques qui a soulevé, plissé et broyé des roches vieilles de 115 millions d’années (ère secondaire). … Pour bondir à l’Holocène et des différentes glaciations du temps où le glacier recouvrait la ville de Lourdes de plus de 500 m ! il y a 150000 ans… Puis quand il fondait les eaux en furie balayaient tout sur leur passage, et ce sont elles qui ont certainement ciselées la grotte de La Pale… Et il y a eu des alternances entre refroidissements et réchauffements et le climat a retrouvé sa « stabilité » il y a environ 15-10000 ans…
Mais les grottes sont des refuges ou des pièges pour les animaux… A St Pé, il y a 100000 ans Hyène des cavernes, ours et loup se sont retrouvé piégés dans une gangue de glaise… L’homme a lui aussi habité le coin depuis Neandertal (env 50000 ans) jusqu’à l’âge du renne (12000 ans) et plus récemment au moyen âge (que 1000 ans !)
L’imaginaire des jeunes pouvait faire le reste… St Pé l’un des plus vieux village de France !
Nous commençons la marche d’approche et au passage, halte est faite à la Bouhadère (le soufflet), une rapide leçon de physique est donnée pour expliquer le phénomène de « tube à vent » provoqué par l’entrée haute du gouffre du Hayau (80m plus haut) et qui jonctionne avec cette grotte via un labyrinthe souterrain de 1300 m de long !
Nos artistes en devenir sont avides d’histoires, comme celle de l’Abbé Abadie, curé local qui durant la dernière guerre, ayant trouvé seul une caverne s’était aventuré avec une bougie et quelques allumettes… A 150 mètres sous terre il perdit sa bougie… et seulement avec 5 allumettes, craquant l’une après l’autre et dans chaque intervalle, après avoir observé le terrain chaotique, partait à tâtons pour retrouver son chemin… A sa dernière lueur il crut que son heure était fini car personne viendrait le rechercher… Sa foi, l’instinct de survie ?... Il réussit après un cheminement dans les ténèbres à voir au loin un rayon lumineux… Ce n’était pas cette fameuse lumière blanche de la mort imminente mais le soleil qui filtrait par l’entrée étroite… Sauvé…
Sous terre, les jeunes feront l’expérience toute lumière éteinte de ce noir absolu… Seules quelques gouttes d’eau percolant des voûtes perturbent le silence lourd en se fracassant sur une paroi ou rebondissant dans une flaque d’eau…
Y a-t-il des dragons ?… Ca, c’est bon pour les légendes comme celle de cet animal fabuleux et recouvert d’écailles qui vivait dans une grotte Bigourdane… Un jour il séduit une jeune bergère en lui montrant le tas d’or qu’il gardait jalousement…
Si tu t’allonges nue devant ma grotte et que je passe 3 fois entre tes cuisses, sans que tu ne dises un mot… je me transformerais en prince et tout mon or sera à toi… La bergère si pauvre vit là une occasion pour toute sa famille de vivre mieux… Elle accepta et au troisième passage la peau glacée lui arracha une réflexion d’étonnement… Aussitôt, or et bête démoniaque se transformèrent en concrétion de pierre… La jeune fille perdit toute ses illusions… Et peut être autre chose…


1er croquis à la sortie du trou
Ici les seuls dragons sont les salamandres que nous croiserons par centaines sur le chemin lors de notre retour nocturne…
Mais à l’entrée de la cavité il fallut franchir le passage étroit…
Je ne vais pas passer là ? !
Mais oui, comme pour un enfantement, par les voies étroites pour les voies de la liberté…
Et les animaux ? Des serpents des trucs dangereux ?
Ours dans sa bauge...
Non, quelques chauves-souris inoffensives et utiles pour l’environnement car elles mangent des milliers de moustiques par an… Il y a aussi quelques rares coléoptères millimétriques sans yeux qui se sont adaptés à la vie souterraine depuis des millions d’années… Mais nous n’en verrons pas…
Par contre nous nous gardons bien d’invoquer les parois d’entrée tapissées de Méta, ces araignées « pacifiques », mais de tailles respectables qui font toujours leur effet lorsque votre visage les frôle…
Après une séance de glissades, place au ramping dans un boyau sans fin (à peine 25m !)
On débouche dans une salle maculée de terre glaise… Au passage nos étudiants en prélèvent dans une zone qui ne craint rien, car nous leur faisons remarquer des digités sur la terre recouverte d’une farine noirâtre déposée par l’altération de la roche et recouvrant ces traces de prélèvement humain… Au moyen âge (ou peut être l’homme préhistorique ?), on est venu chercher de la matière pour fabriquer des poteries que l’on a retrouvé dans des grottes proches…


Griffade d'ours des cavernes

Et puis sur la paroi il y a les griffades d’un ours des cavernes et la bauge dans laquelle il hibernait… Il y a 30000 ans…
Pour mieux sentir la caverne, pour faire corps avec la matière, il n’y eut pas de volontaire pour déambuler nu comme le fit Casteret (célèbre spéléo du 20ème siècle) et imité récemment pas une copine de notre connaissance…
Et puis nous avons exploré les moindres recoins…, observé les formes polies par les eaux, les dentelles concrétionnées, les cascades de calcite figées…
Pour ressortir le jeu consista à essayer de la retrouver, car une seconde entrée était proche…
A l’affût du courant d’air, de feuilles et autres végétaux indiquant la voie royale, nos étudiants réussirent leur examen… Sauvés… Même Eva choisi le passage le plus étroit pour en finir avec sa « peur » de rester coincée…
Il était 23h30 lorsque nous sommes sorti, et ainsi prendre conscience de la perte de la notion du temps, car sans les repères des astres, d’une montre, nous avons passé 2h30 sous terre avec la nette impression de n’y être resté qu’une heure…
Une sortie agréable, un bon moment d’échange à renouveler…
Les œuvres seront exposées dès le vendredi 13 à l’école qui se situe au jardin Massey à Tarbes



Reconstitution d'une miniature de la grotte avec la glaise prélevée sur place  


Et les images de Sandrine sont Ici





L'excellent article de la Dépêche








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