samedi 12 octobre 2019

Les dessous du Vignemale

Le temps est encore au beau fixe et il faut en profiter avant que les premières neiges arrivent. Nous improvisons donc cette petite sortie au Vignemale dans le but de retrouver des trous oubliés depuis les premières recherches menées par Jolfre dans les années 70 et bien sûr d'essayer d'en découvrir d'autres dans la partie de lapiaz qui se libère chaque année en raison du recul du glacier.


 Montée sur les "dos de Baleine" du lapiaz d'Ossoue

Jeudi 10 octobre 2019

Il nous faut 2 h et demi pour accéder aux cavités que nous souhaitons voir en premier. Ce matin, les 1000 m de dénivelé nous semblent moins rudes que la dernière fois, et le soleil ainsi que ces paysages extraordinaires nous font rapidement oublier les affres de l'approche. Arrivés au gouffre VI-8, je me prépare à aller voir la suite dans la lucarne de -20 m tandis que Sandrine part à la recherche du gouffre O4, le plus profond actuellement connu sur le lapiaz d'Ossoue (-100 m). 

 Fabuleux paysages glaciaires, on ne s'en lasse pas !

Cette-fois ci pas de coinceurs improvisés avec des nœuds dans un bout de dyneema, j'ai le perfo et de la batterie alors je peux poser quelques points dignes de ce nom. Les abords du puits de la lucarne sont assez vilains et de grandes dalles marneuses menacent de tomber. Après un bon nettoyage, je descends un cran d'une quinzaine de mètres mais le fond vers -30 m est tout broyé. Petite topo rapide et je retrouve Sandrine qui m'annonce qu'elle a retrouvé l'O4 à peu près à l'endroit où Gérard, PMA et son fils pensaient l'avoir localisé en 2017. Avant d'y aller nous en profitons pour descendre le VI-01, un beau gouffre à 3 entrées qui était bouché par un névé en 2017. Celui-ci ayant bien fondu c'est l'occasion de voir le fond. Malheureusement, mais ce n'est guère surprenant, la base du puits est remplie de moraine vers -20 m. 

Le gouffre VI-01

Nous terminons en allant voir ce fameux trou O4 qui ne paie vraiment pas de mine. Un court boyau étroit nous amène au bord d'un puits qui se désescalade assez facilement. Il n'y a aucun doute, cela correspond parfaitement à la description de Jolfre. Nous en restons là pour aujourd'hui, nous reviendrons plus tard avec Gérard qui l'avait longuement cherché...

L'entrée du O4, insignifiante mais bien protégée
ce qui explique qu'elle n'ait pas été colmatée par la moraine.
 
Ce soir, nous avons choisi l'option "grand luxe" en allant dormir au refuge de Baysellance, de l'autre côté de la crête du Petit Vignemale. Il n'y a qu'une petite poignée de randonneurs et c'est finalement bien agréable.

Vendredi 11 octobre 2019

Nous ne démarrons pas à l'aube car Pascal doit en principe nous rejoindre sur le lapiaz. Mais lorsque nous descendons pour prendre notre petit déjeuner nous le trouvons au réfectoire en train de nous attendre. Parti vers 4 h du matin, il a fait la montée de nuit, gonflé à bloc pour aller en découdre avec les gouffres du Vignemale. 

 "Ultima Vignemale..."

Aujourd'hui, nous avons prévu de grimper un peu plus haut sur le lapiaz, dans la partie qui devait être encore couverte par le glacier en 1970. Le risque c'est bien sûr de rencontrer plus de neige au fond des trous mais avec un peu de chance cela peut quand même passer. Nous commençons par remonter le bord sud du vallon qui borde la face du Petit Vignemale. Les paysages sont superbes et les formes d'érosion glaciaires tout à fait remarquables. Nous progressons ainsi jusqu'à environ 2900 m d'altitude sans rien trouver. Aussi nous décidons nous rapprocher des crêtes du Montferrat, un peu dans l'alignement des trous que nous avions retrouvés plus bas. 

Un de plus !

Rapidement, nous tombons sur une première entrée, puis une seconde, une troisième et en moins d'une heure nous en localisons près d'une dizaine dont certaines avec des puits assez profonds.
Nous retrouvons également une grotte que PMA avait signalée lors de sa venue en 2017. Nous y retournons et au point bas, Pascal désobstrue un petit soupirail menant à un ressaut de 4 m suivi de méandres étroits à revoir.  

 Le VI-18 une jolie grotte à revoir...

Nous redescendons ensuite en direction de la grotte O4 tout en prospectant et en retrouvant encore quelques belles entrées. Pour terminer la journée, nous tentons une désobstruction dans le fond de la grotte VI-07. Nous sommes à deux doigts de passer mais il nous manque un outil pour déchausser un gros bloc planté juste au milieu du passage étroit.


Désobstruction dans la grotte VI-07


Nous redescendons par l'arête du Montferrat.

Il reste donc encore bien des choses à faire et refaire sur le secteur. Certes, reprendre des trous sans doute déjà explorés par d'autres peut sembler ingrat mais il y a une vraie carte à jouer sur ces massifs d'altitude où la glace et la neige libèrent, en fondant, de nouveaux passages. Et puis, l'ambiance et le décor suffisent largement à se faire plaisir.

Le Montferrat (3219 m)

Patrick


4 commentaires:

  1. Bravo à vous super boulot, nous aussi nous étions en altitude où nous avons trouvé ou redécouvert 40 cavités, certaines déjà explorées , mais nous ne savons pas par qui. Nous étions sur la Munia au-dessus des lacs, là aussi des paysages extrordinaires. mais encore beaucoups de trous remplis de neige.
    Bonnes explos à tous.

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    1. Le GSHP y a planté quelques spits il y a bien 35 ans...

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    2. Merci José et bonnes recherches sur la Munia. Je crois que désormais avec les moyens de localisation, les bases de données en ligne et le matériel topo high tech, nous sommes contraints de laisser de véritables billes à tous ceux qui prendront la relève. Ce n'est certes pas toujours très marrant mais on ne peut pas se permettre de reproduire les négligences du passé. Alors bon courage, en espérant que les suivants apprécieront et sauront faire de même...

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  2. Salut Bubu, tu es sûr que c'est du même endroit dont parle José ? Je sais que qqs trous ont été faits côté Troumouse mais nous étions au sud en Espagne côté Pineta. Sinon, s'il s'agit du même coin, si vous avez de la doc, on est preneur.

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