dimanche 29 septembre 2019

Vignemale : "Notre glacier fond et nous regardons ailleurs...* "

Vendredi 27 septembre 2019

L'été indien s'est finalement imposé et c'est l'occasion de remonter au Vignemale afin de poursuivre les prospections et explorations des gouffres qui se découvrent chaque année au fil du recul du glacier d'Ossoue. Notre équipe est assez réduite et c'est à deux que nous entamons la longue montée en direction du glacier. Gérard de la SSPPO et passionné par tout ce qui concerne le massif nous rejoindra le soir au grottes de Bellevue où nous allons bivouaquer. 

 Sur le lapiaz d'Ossoue

Le long du sentier, de petits fanions rouges ne nous interpellent pas plus que cela, sans doute un trail est-il programmé pour les prochains jours... 
Arrivés sur le lapiaz et après une petite pause sur notre lieu de bivouac nous commençons à revoir les trous indiqués par Gérard et qu'il avait repérés il y a une paire d'années en compagnie de Pierre Michel et de son fils Yann. 

Le puits d'entrée du VI-8

Nous commençons par celui situé le plus bas en altitude (2670 m env.). C'est un puits double profond d'une vingtaine de mètres. Un vieux marquage rouge est illisible. Il date peut-être d'une campagne d'explorations menée pas Jolfre dans les années 70. Difficile de savoir, car la documentation est pauvre et nous commençons à prendre conscience qu'il va falloir quasiment tout reprendre à zéro. 
Au bas du puits, sans surprise nous tombons sur un colmatage d'éboulis. Mais en remontant de quelques mètres, nous remarquons une ouverture communiquant avec une cheminée. Après une courte traversée il s'avère qu'il y a aussi un conduit aval menant à un puits profond d'une bonne dizaine de mètres. Il y a même un très net courant d'air aspirant. Malheureusement nous n'avons pas assez de corde, Gérard doit en monter dans la soirée. 
  

Alors nous fouillons le secteur et ne tardons pas à découvrir une autre cavité, marquée également (OS 17). C'est un conduit bas, parcouru par un très net courant d'air soufflant, et terminé par un puits. Cela pourrait être le -100 exploré par Jolfre et nous décidons d'attendre Gérard pour avoir son avis. Nous terminons la journée en pointant quelques nouvelles cavités ainsi que d'autres déjà connues.

Par endroits, la roche polie par le glacier et débarrassé des éboulis morainiques ressemble à des dos de baleine d'où cette expression utilisée par les géomorphologues pour caractériser ces étonnants paysages glaciaires.

Gérard nous rejoint à la tombée de la nuit et nous ne trainons pas trop avant de gagner notre bivouac paisible. Des randonneurs, croisés à la montée, nous ont indiqués que le refuge de Baysselance était archi-complet. Ici au moins nous serons au calme... Du moins nous le croyons. A trois heures du matin un bruit de pas souple et rapide nous réveille. Trois silhouettes fugitives munies d'éclairages puissants passent rapidement devant notre gîte ouvert à tous les vents. Il ne nous faut pas longtemps pour aussitôt faire le lien avec les petits fanions fluorescents. Cinq minutes plus tard, nouveau bruit de pas puis d'autres vont se succéder et ce jusqu'à près de 5 heures du matin. Le dernier candidat, bien fatigué, parviendra à notre hauteur vers 8 h du matin alors que nous prenons notre petit déjeuner. 

Bivouac aux grottes de Bellevue

Samedi 28 septembre 2019

Nous remontons au trou vu la veille (OS-17). Gérard ne reconnaît pas vraiment le trou de Jolfre. En plus, Sandrine découvre une autre petite cavité en contrebas. Pour en avoir le cœur net nous explorons les deux pour finalement se rendre compte qu'elles n'en font qu'une. 

 La grotte OS-17

Une suite est envisageable au point bas mais nécessite quelques travaux. Nous décidons de continuer les recherches plus haut en altitude. Les trous s'enchaînent mais nous ne parvenons pas à retrouver ce fameux -100 m. En plus, vers 2700 m les cavités ont tendance à être toutes bouchées par de la neige. 





En redescendant vers la vallée, nous zigue-zaguons pour couvrir le plus de surface possible mais en vain, nous ne le retrouverons pas aujourd’hui. Gérard nous fait ensuite découvrir un raccourci aérien qui emprunte la crête du Montferrat. Revenus sur le sentier nous constatons que les petits fanions ont disparus mais ce soir, aux dires des randonneurs que nous croisons, le refuge sera encore plein ainsi que notre gîte.
Mais ce week-end parmi ces centaines de marcheurs, grimpeurs et spéléos et face à ce glacier moribond, combien serons-nous à avoir "regardé ailleurs", oubliant un instant ce réchauffement qui ronge d'années en années notre environnement ?


Patrick

* Petit clin d’œil en guise d'hommage à cette phrase de Jacques Chirac, devenue célèbre et terriblement d'actualité : "notre maison brûle et nous regardons ailleurs". C'était en 2002 au sommet de la terre à Johannesburg. 

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