mercredi 9 janvier 2019

Retour à Carcabon


Voilà près de 3 semaines que nous sommes en Espagne à enchainer les dernières sorties de l’année en profitant d’une météo plutôt clémente. D’habitude, celle-ci vire rapidement à la pluie aux premiers jours de janvier mais cette-fois-ci, l’anticyclone semble bien accroché et peu décidé à mettre les voiles. Les niveaux sont au plus bas, il fait froid et sec et tous les sites météos affichent un soleil radieux pour la semaine à venir. Il devient alors évident que c’est « la » fenêtre météo idéale pour aller à Carcabon, d’autant plus que l’année 2018 s’était écoulée sans que nous ayons eu la possibilité d’y retourner. Après quelques échanges téléphoniques avec nos amis de l’AER nous nous fixons rendez-vous directement au bivouac le vendredi 4 au soir. Ricardo travaillant à San Sebastian, il lui est en effet difficile d’être opérationnel avant 18 ou 19 h. De notre côté, nous prévoyons d’entrer un peu plus tôt afin de voir quelques galeries annexes, compléter la topo et préparer le bivouac.
(Participants : Gelo, Ricardo et Cardin pour l'AER et Sandrine et Patrick pour le GSHP/SCD) 


Vendredi 4 janvier 2019

A l’entrée, le froid est vif et malgré le soleil, nous ne trainons pas trop pour enfiler les néoprènes. La fraicheur nous poursuit assez loin dans les galeries d’entrée car, une fois n’est pas coutume, le trou aspire fortement asséchant les parois jusqu’aux premières voûtes rasantes. Celles-ci sont relativement basses mais le boyau, avec les sherpas bien remplis constitue une entrée en matière dont on se passerait bien. Au premier lac, les repères pris auparavant confirment que l’étiage est au plus bas. La partie de plaisir se poursuit ensuite dans un enchainement de puits et d’escalades, toutes aussi boueuses les unes que les autres, menant au second lac. Juste après celui-ci nous pouvons enfin enlever les néoprènes. C’est le début des grandes galeries que nous parcourons comme si c’était la première fois. Au sol, la plupart de nos traces ont été effacées par les crues. Les dunes d’argiles ont été remodelées, les coulées de calcite ont retrouvé leur blancheur originelle et il est bien difficile de ne pas avoir un petit pincement au cœur en pensant que ces énormes conduits sont entièrement noyés une partie de l’année. Sur le chemin du bivouac nous effectuons quelques pauses pour explorer quelques galeries latérales qui, pour la plupart, rejoignent la zone noyée. Arrivés au bivouac, nous ne sommes pas mécontents de constater que nos affaires sont toujours là et au sec. Il s’en faut de peu, car les stigmates des dernières crues sont visibles moins d’une dizaine de mètres en contrebas. 

 La galerie du Bivouac

Après la traditionnelle corvée d’eau qu’il faut ensuite filtrer, nous perfectionnons ce petit lieu de vie qui finit par devenir presque douillet. Nos 3 amis espagnols ne nous rejoindrons finalement que vers 22h30 après 3 bonnes heures de progression. A minuit tout le monde est au lit ; premiers ronflements pour les uns, insomnie qui ne durera pas pour les autres… 

Samedi 5 janvier

Le réveil sonne à 7 h et 2 h plus tard nous démarrons en direction de notre premier objectif. Lors des explos précédentes nous étions parvenus dans un gros réseau fossile que nous avions suivi en amont sur près de 2 km. L’aval n’avait pas été vu et pouvait rejoindre des galeries plus proches de l’entrée en évitant une zone argileuse particulièrement pénible. C’est donc par cela que nous souhaitons commencer.
En une heure et demie nous sommes à pied d’œuvre. Devant nous, une galerie de 20 à 30 m de diamètre nous tend les bras. C’est pour elle que nous sommes venus, que nous avons tirés nos sacs dans l’eau et la boue en sacrifiant un week-end ensoleillé. Voilà, c’est ça l’exploration, cette sensation indéfinissable devant l’inconnu, qui nous rend amnésique aux difficultés et aux bavantes en tout genre et qui fait qu'on y retourne toujours. 

A plus de 2 kilomètres de l'entrée, on progresse encore dans des galeries épisodiquement noyées. L'argile couvre le plafond et les parois et forme de gigantesques dunes où serpentent des ruisseaux temporaires.


La technique est désormais bien rodée. Le principe est simple : on avance au rythme de la topo et devant, chacun se relaie pour reconnaître la galerie et les éventuels diverticules et pour indiquer les prochains points topo. En l'occurrence cela s'annonce plutôt bien car à peine avons-nous progressé d'une vingtaine de mètres qu'un énorme éboulis sur la gauche remonte vers ce qui semble être une galerie supérieure. Pendant que nous poursuivons dans le conduit principal, Cardin est déjà en train d'escalader les blocs pour vérifier si cela est bien le cas. De toute évidence c'est encore du "gros" et il nous annonce s'être arrêté dans une grande salle. De notre côté nous sommes arrêtés par un entonnoir-puits qu'il faut contourner par une vire argileuse. Gelo se charge de l'équiper. 

Gelo dans l'équipement de la 1° vire argileuse

Nous sommes encore dans la zone qui s'ennoie et ce cas de figure va se répéter à plusieurs reprises jusqu'à ce que nous parvenions au sommet d'une grande salle (45 m x 35 m), occupée en son point bas par un énorme siphon à l'eau verdâtre. C'en est terminé de ce côté ; aussi nous retournons dans la galerie vue par Cardin. La pente est raide et cinquante mètres plus haut nous parvenons dans la fameuse salle qui s'avère être un nouveau carrefour. Cette remontée nous libère aussi de l'omniprésence de l'argile propre aux galeries noyées. Nous allons au plus évident et le tube qui mesure pas moins de 25 m de large en moyenne, continue de remonter jusqu'à une centaine de mètres au-dessus de notre point de départ. Une ultime escalade, d'une dizaine de mètres, est réalisée par Ricardo sur des blocs couverts de mondmilch. Au-dessus, une nouvelle salle est percée au plafond par d'énormes cheminées sondées au laser à plus de 70 m. Deux cents mètres plus loin (700 m après notre point de départ) nous butons sur un remplissage qui bouche entièrement la galerie. 

Excentriques vers le terminus.



Retour sur nos pas pour voir un affluent reconnu sur quelques dizaines de mètres par Cardin. Le conduit est plus modeste (2 x 3 m) et quitte l'axe principal, globalement est-ouest, pour remonter sous le plateau en direction du sud. 

La galerie affluente remontée sur 700 m,
présente des formes d'érosion/corrosion remarquables.


La pente est régulière mais s'inverse par endroit car nous sommes dans un maillage de conduits interconnectés avec des amonts et des avals qui se recoupent tout en étant indépendants. Cela n'en finit pas et nous déroulons encore 700 m de topo délaissant de nombreux départs, à droite, à gauche… Revenus dans la grande galerie nous marquons une pause. Il est plus de 20 h et nous commençons à en avoir plein les bottes d'autant plus que le bivouac est encore à 2 h de là. Nous bouclons les dernières visées et prenons le chemin du retour. Au total nous avons relevé 2050 m de topo. Ce soir, il y a du rab de pâtes chinoises et pas besoin de berceuses, d'ailleurs personne ne se plaindra des ronfleurs…

Petit coup de fatigue le soir au bivouac....


Dimanche 6 janvier

Nous ouvrons un œil vers 7 h 30, un peu rouillés certes, mais encore bien marqués par l'euphorie des découvertes de la veille. Le retour se fera tranquillement avant de ressortir vers 13 h 00 sous un soleil radieux mais un froid glacial dans le boyau d'entrée et accueilli par José qui nous offre des boissons chaudes avant de nous accompagner prendre une tournée de tapas dans un bar de Gibaja. 
Il faudra probablement attendre l'été prochain et un étiage prononcé pour poursuivre l'exploration de ce réseau qui est loin d'avoir tout livré. En attendant nous continuons à fouiller le massif à la recherche d'une entrée qui nous permettrait d'échapper aux risques de montées des eaux. Affaire à suivre...


Topographie de la cueva del Carcabon (10660 m ; +190/-23 m).
En violet, les galeries découvertes au cours du bivouac.




Patrick

2 commentaires:

  1. Un grand bravo aux vaillants explorateurs et exploratrice.

    RépondreSupprimer
  2. Une fois de plus ! Le rève continue. Quel endroit magique et exceptionnel ! Viva España !!!!!

    RépondreSupprimer