Camp d’étude et d’exploration spéléologique à Estaubé - Parc national des Pyrénées

Septembre 2026,

1er jour au bivouac

Pendant deux week-ends de trois jours, le club a organisé un camp d’exploration dans les hauteurs du cirque d’Estaubé. Au programme : continuer la synthèse de deux cavités déjà connues, faire des relevés de température, prospecter et explorer de nouveaux trous.


Pour cette saison, ce ne sont pas moins de onze spéléologues, répartis entre le GSHP et le GSVO, qui sont passés sur le camp.


Avant publication d’un rapport d'étude plus détaillé, voici un bref aperçu des activités menées durant ce camp :


Le premier week-end :


Vendredi 11 septembre :


Après un départ donné à 8 h du barrage des Gloriettes, Patrick, Régis et Thibault, bien chargés avec le matériel, arrivent en fin de matinée sur la zone qui portera le bivouac. Le soleil, qui ne nous quittera pas du week-end, chauffe déjà fort (20.3 °C à midi à 2300 m d’altitude). Il faut tout installer. Et pour l’occasion, nous montons la toute dernière acquisition du club : une tente trois places digne d’un palace !

Après un repas bien mérité et un temps de repos pour les jambes engourdies de la montée, il est décidé de commencer par sécuriser l’entrée du Gouffre E4bis.

La zone de biovouac


Dans le E4bis, un vilain plan incliné est très instable, et le moindre faux pas laisse rouler des blocs dans le puits suivant… Il faut jouer de malice pour enchevêtrer les blocs les uns sur les autres pour tenter de créer des petites plateformes dans la pente afin de ralentir et contenir chaque départ de blocs. Mais au bout de 2 h de labeur, il faut se rendre à l’évidence : c'est peine perdue…

La décision est prise de déséquiper cette entrée et de poursuivre l'étude du réseau E4-E4bis, par l'entrée du gouffre E4.


Le soir au bivouac, le sommeil ne tarde pas à venir. Après un repas où chacun partage ses recettes culinaires dignes des grands chefs étoilés, personne ne rêvasse à regarder le ciel étoilé. Le calme règne sur le cirque d’Estaubé.


Samedi 12 septembre :


Le nombre de spéléologues sur le massif s'étoffe et ce sont Carine, Jean-Luc, Jean-Louis, Jean-Noël et Joël qui arrivent sur le massif. Certains feront l’aller-retour dans la journée, tandis que les autres profiteront du bivouac.


Au programme du jour : compléter l'étude du réseau E4-E4bis.

Pour ce faire, une première équipe constituée de Patrick et Thibault part équiper les puits pendant que Régis assure le service d’accueil au bivouac. À leur sortie de trou à la mi-journée, Jean-Louis et Joël sont équipés et prêts à descendre pour une petite visite. Pendant ce temps, la première équipe casse la croûte et prépare l’expédition de l’après-midi.

À peine le temps pour Jean-Louis et Joël de narrer leur visite sous terre, que Patrick, Régis et Thibault gagnent le bas du réseau. Au niveau de la jonction E4-E4bis, le groupe se sépare. Pendant que Patrick relève la topo de deux départs, Régis et Thibault vont revoir une branche déjà connue du E4bis pour en faire la synthèse. Après une petite escalade de 6 m et la descente de deux puits, ils s'arrêtent en bout de corde avant le dernier puits…

Puits d'entrée et son névé, Gouffre E4


Nouvelle nuit au bivouac, la journée a été moins éprouvante que la veille, et cette fois le temps est pris d’observer la voûte céleste. Est-ce notre esprit tordu d’aventurier-scientifique qui nous inspire ? En tout cas les hypothèses vont bon train pour expliquer les phénomènes que nous observons  :

  • Les étoiles ne seraient-elles finalement pas des trous dans une boîte qui nous permettraient de respirer ?

  • Tous les sommets qui nous entourent et les lignes de crête ne seraient-ils pas un décor de cinéma qui repose sur une immense structure métallique ?


Dimanche 13 septembre :


Dernier jour du premier week-end. Il faut déjà songer au retour et plier la tente. Que le temps passe vite… Une fois la zone rendue à la nature, les quatre explorateurs forment deux équipes de deux. Pendant que Jean-Luc et Patrick sont en surface pour faire la prospection, Jean-Noël et Thibault arpentent les ressauts infernaux du Gouffre E1.


En surface, la zone supérieure du lapiaz est fouillée, ce qui permet de mettre au jour de nouveaux objectifs. A noter que certaines entrées sont tout de même à sécuriser pour retenir les vilains blocs de grès qui menacent de dégringoler.

Sur le lapiaz

Dans le E1, Jean-Noël et Thibault reprennent une partie du réseau de 1978. La topo est relevée dans un froid polaire : au terminus, là où part un méandre impénétrable, le courant d'air soufflant est mesuré à 1.3 °C.


Le second week-end :


Vendredi 17 septembre :


C'est reparti pour affronter les pentes du cirque d’Estaubé en direction de la Brèche de Tuquerouye. Au départ, toujours à 8 h au barrage des Gloriettes, Patrick, Thibault et Violaine se retrouvent. Patrick déclare forfait pour un mal de dos conséquent. Le matériel est donc réparti entre Violaine et Thibault qui débutent l’ascension dans la brume. A 50 m en contrebas de la zone de bivouac, le plafond est percé et la mer de nuage s'étend entre les lignes de crête. Dès l’arrivée sur la zone de vie, la première mission du jour est de monter le campement et de reprendre des forces pour la sortie de l’après-midi.

Vue sur la mer de nuages, avant d'arriver au campement


Dans le Gouffre E4 : l’objectif est double : poser un enregistreur de température au carrefour de la jonction et topographier la branche revue le week-end dernier avec Régis. Il est 14 h quand Thibault et Violaine s’engagent et équipent le puits d’entrée. Rapidement le carrefour est atteint et l’enregistreur est installé en plein courant d’air, dans la branche qui arrive du E4bis.

Cette fois, les longueurs de cordes sont suffisantes et le fond est atteint. Comme dans le E1 la semaine dernière, c’est un méandre, impénétrable, avec un fort courant d’air soufflant qui fait office de terminus. Au-dessus de ce dernier puits, un petit boyau, déjà fréquenté, amène à un petit siphon et à des cheminées remontantes. En remontant, la topo est relevée et la petite équipe sort du trou à 20 h.

Sortie du Gouffre E4


Au bivouac, Marc P. est arrivé dans l’après-midi. Le repas est pris en commun avant une bonne nuit de sommeil.


Samedi 19 septembre : 


Les équipes s’étoffent avec la venue de Jean-Louis et Joël, puis de Jean-Noël et Marc C. Pour ce deuxième jour, trois équipes sont constituées :

  • En prospection, Jean-Louis, Joël et Violaine se dirigent en direction de Port Neuf de Pinède. A la montée, le lapiaz est fouillé mais sans faire de grandes découvertes. De l’autre côté du col, les pentes abruptes recouvertes d’éboulis rendent la prospection difficile, voire impossible.

  • Dans le E4, Marc C., Marc P. et Régis retournent dans la branche visitée hier par Thibault et Violaine pour lever un doute sur un méandre au niveau du siphon terminal et pour déséquiper. Au fond, le méandre ne donne rien. Pas d’air, mais de l’argile, ce qui sonne le glas pour cette branche du réseau.

  • Pendant ce temps, Jean-Noël et Thibault aménagent quelques passages dans l’entrée du E1 pour en faciliter la progression. Cet objectif est vite rempli et la seconde partie de journée est consacrée à l’exploration du Gouffre E39. Jean-Noël équipe le premier puits avant de laisser la main à Thibault pour le second et dernier puits. Au fond, toujours la même histoire, un méandre impénétrable, mais cette fois sans air... La topo est relevée et le gouffre est terminé. A noter tout de même la présence d’un nid, sur une corniche en haut du puits d’entrée.

Entrée du Gouffre E39

Le soir au bivouac, c’est ambiance apéro avant le repas. Le sujet principal des discussions : les trucs et astuces pour faire de la rando ultra-légère. La conclusion, unanime, reste quand même de se faire porter le matos !


Dimanche 20 septembre : 


Tout le monde n’est pas encore levé quand, au loin sur les chemins de rando, une silhouette se dessine. C’est Patrick qui rejoint l’équipe encore en place avant le petit déjeuner.


Pour ce dernier jour, deux équipes s’emparent du massif : 

  • Une équipe en surface, composée de Marc P., Patrick et Violaine, qui explore les trous repérés le week-end dernier. Une chose est sûre, il y aura encore de quoi faire l’année prochaine !

  • Sous terre, Jean-Noël et Thibault retournent dans le Gouffre E1. Cette fois, c’est sur le réseau Dumas que l’attention est portée. Après avoir posé un enregistreur de température au niveau du carrefour, dans le toboggan remontant du Réseau 78, l’équipe prend la direction du puits Delphine. Ce dernier est atteint en fin de journée mais pas descendu, faute de corde. En remontant, la première partie de ce réseau est topographiée.

Le puits Delphine

Ces deux week-ends ont permis de faire la lumière sur les points d'interrogation du gouffre E4, qui est en voie d’être terminé. Le Gouffre E1 n’est pas en reste, le Réseau 78 est bien avancé et le réseau Dumas a été débuté et reste à poursuivre. Le Gouffre E39 a été exploré et est terminé. Pendant qu’en surface, de nouveaux objectifs ont pu voir le jour.

Prospection entre les blocs de grés


Ce camp est une franche réussite. Le bilan n’est pas terminé quand le camp de l’année prochaine est déjà dans l’imaginaire de chacun. 


Les remerciements vont à tous les participants qui ont pris part de près ou de loin à l’aventure, mais aussi au Parc national des Pyrénées qui a soutenu ce projet spéléologique à but scientifique en accordant les autorisations de campement et d’étude du milieu souterrain.


Texte : Thibault

Photos : Patrick, Thibault, Violaine


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